Avant propos des Cahiers de la sécurité n°10 octobre décembre 2009
La récente actualité nous force à constater que nous avons nous-mêmes engendré un maillage socio-économique d’une telle ampleur que nous alimentons en permanence la complexité qui aggrave les risques et rend les crises de plus en plus difficiles à gérer et à maîtriser. Pour ajouter encore à cette complexification, nous assistons à une remise en cause insidieuse de l’expertise scientifique.
L’analyse historique ne peut être négligée pour appréhender un tel contexte. Jared Diamond en 2005 a analysé finement les effondrements sociétaux du passé. Il en ressort un process quasi immuable depuis deux millénaires : la croissance démographique contraint les populations à produire plus ; l’accroissement de la production entraîne des pratiques conduisant à des dommages environnementaux (déforestation, restructuration de l’habitat, érosion, perte de fertilité des sols, gestion de l’eau, prélèvements excessifs dans le biotope, introduction d’espaces allogènes parmi les espèces autochtones, croissance démographique et augmentation de l’impact humain par habitant).
Cette situation a toujours eu pour conséquences des famines, des épidémies et/ou des guerres. Notre siècle dérogera-t-il à ce cycle ?
Parler des risques et des crises au XXIe siècle, c’est s’interroger sur les interactions entre la gestion des ressources et la légitimité des gouvernements ainsi que des élites dirigeantes à traiter la question. La situation de notre monde est aujourd’hui encore plus sensible que celle qui a été constatée lors de la première mondialisation au XIXe siècle. Les changements climatiques, les émissions de produits toxiques, l’utilisation humaine maximale des capacités de photosynthèse disponibles sur terre et les pénuries d’énergie viennent encore ajouter des facteurs à notre grille d’analyse et brouiller notre prospective. La crise économique, que nous traversons, ne constitue pas une nouveauté, mais participe également à renforcer cet environnement d’incertitude.
Notre plus grand défi est de vivre aujourd’hui dans un environnement où plus aucune distance ne peut nous protéger. Il y a encore quelques dizaines d’années le kilomètre pouvait être une unité de référence, la Seconde Guerre mondiale a fait passer le curseur au million de kilomètres. Aujourd’hui, à l’ère des réseaux et de l’atome, aucune distance terrestre n’est capable d’être un rempart à une crise. Les prochaines frontières seront la profondeur des océans ou l’espace à la condition de savoir maîtriser les crises que nous ne manquerons pas de traverser à intervalles réguliers avant de retrouver une nouvelle « formule magique ». Il nous faut également changer de paradigme en nous astreignant désormais à scruter dans la technologie ce qui peut nous sauver et nous faire progresser plutôt que de privilégier une approche uniquement tournée vers la volonté de la maîtriser.
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Gérard PARDINI
Coordinateur du dossier
Chef du Département Sécurité économique et Gestion de crise